Remise
des insignes d'Officier de la Légion d'Honneur
1er juillet 2005
Hervé GAYMARD
- Michel ZIEGLER


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Pionner et visionnaire, c'est ta capacité à t'émerveiller
encore de tout qui t'a permis de réaliser de grandes choses.
Dans un passage du film relatant l'histoire d'Air Alpes tu l'exprimes
d'ailleurs bien « J'aime emmener des enfants en avion, si ils sont un peu excités
au départ quelques virages les calment aussitôt, ensuite ils
regardent sans êtres blasés, sans se lasser et au fond je suis
un peu comme eux je regarde inlassablement ces montagnes, ce monde dans lequel
je vole ».
Ah la montagne...ton second amour ! Les montagnes sont pour toi
un refuge, une source d'inspiration mais aussi un métier puisque tu as réussi
un examen des plus exigent : celui de guides en 1967.
Tu apprécies la montagne pour son côté sportif, est-il
besoin de rappeler que tu as gravi de hauts sommets dans le monde
- mais aussi pour ce qu’elle t'apporte du point de vue personnel. En
effet, le débat s'élève avec l'altitude et l'on peut
considérer
l'existence d'une façon différente. Un proverbe
tibétain
dit à ce propos « quand tu arrives au sommet de
la montagne, continues de grimper ».
Effectivement, il
est important de vouloir toujours aller plus haut, et je pense
que c 'est ce que tu as fait tout au
long de ta vie, Michel. Tu as toujours essayé de voir
au delà des
obstacles, ce qu’il y avait de positif. Tu as cette faculté que
possèdent les Grands de te relever quoiqu' il arrive et
c’est
bien là que réside ta force de caractère.
Avant de te décorer officiellement j'aimerais te lire une phrase qu'à prononcé Mr
Xavier Chappaz, président de la compagnie des guides de Chamonix,
lors de l'hommage rendu à un homme que tu connaissais
bien et qui a eu une existence aussi riche que la tienne, je
veux parler
de Roger Frison
Roche :
«
Partir, revenir, ouvrir les portes de la vallée, s'en aller loin voir
d'autres choses et d'autres gens et puis s'en retourner au pied de ses montagnes
pour les contempler de nouveau, le regard modifié de toutes les expériences,
voilà l'enseignement d'une vie ». Je crois que cette phrase
succincte décrit parfaitement ta vie, toi qui as toujours voulu découvrir
ce qu 'il y avait derrière les montagnes d'ici ou d'ailleurs, mais
qui dans le même temps a toujours eu besoin de te ressourcer au pied
de ces mêmes montagnes en Savoie.
Pour ta carrière exceptionnelle, Michel ;
Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs
qui nous sont conférés, Je te fais Officier dans l'Ordre National
de la Légion d'Honneur.
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Monsieur le Président du Conseil Général,
II y a quelque temps j' avais exprimé, auprès de votre prédécesseur
le souhait de voir reconnus, un jour, en Savoie, les événements
qui nous réunissent aujourd'hui : La création puis
l'évolution
d'Air Alpes, c'est-à-dire d' une page, fut-elle modeste,
de l'histoire de l'aviation civile française et de la
desserte de la Savoie.
Ceux qui l'ont écrite, Cadres et Employés, Mécaniciens,
Pilotes, Conseiller Généraux, Maires et, bien sûr, mes
frères Guides sont représentés ici et c'est de leur
part que je vous remercie de nous ouvrir ces prestigieux salons chargés
d'Histoire.
Merci Monsieur le Président.
Monsieur le Ministre, Mon cher Hervé,
A toi aussi, merci d'avoir accepté de nous remettre cette éminente
distinction.
Je te l'ai demandé pour les valeurs que nous partageons : La Foi, épine
dorsale de notre vie, l'amour du Pays, la Savoie, la France et l'Europe,
la fidélité de ton amitié aux jours des épreuves
et ma confiance dans tes éminentes qualités pour contribuer
au redressement de la France et à la construction de l'Europe.
Il y faudra aujourd'hui, aussi beaucoup de courage.
J'ai été sensible à l'évocation des qualités
que tu as bien voulu me reconnaître, et n'était-ce le jugement
réaliste que je porte sur moi, je pourrais en tirer quelque vanité,
mais, et, je vais dire un lieu commun, je ne suis ici que le
porte drapeau d'une action collective.
Comme la fourragère que les hommes de mon régiment, le 6èmc
BCA, portaient en mémoire de son action héroïque à Narvik,
cette éminente distinction est dédiée à une
action collective ou chacun prit sa part.
Sur cette question une seule idée me préoccupe; Ayant beaucoup
reçu de mon pays, de parents magnifiques, de nombreux éducateurs,
et de l'Eglise, ma maison, c'est d'avoir bien fait fructifier les talents
qui m'ont été confié.
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Retracer aujourd'hui devant vous l'histoire d'Air Alpes allongerait
trop mon propos. Elle est faite de bagarres contre le conformisme
et les
idées
reçues, de magnifiques succès et de beaucoup d'échecs.
Je me suis attelé, avec l'aide de la FACIM, à écrire
cette aventure. Alors, aujourd'hui, je voudrais seulement évoquer
quelques hommes et événements.
En février 1961 Robert Merloz et moi faisons nos premières
armes de pilote à l'aéroclub Air France, le 18
février
nous louons pour deux jours un SAAB Safir, petit monomoteur de
tourisme et rejoignons Chambéry via Bron. Passant au travers
de la dent du chat nous sommes impressionnés par ce qui
parait être, pour nous
aviateurs des plaines, l'étroitesse du site et c'est avec
précaution
que nous descendons en spirale vers un aéroport dont, à l'époque,
l'essentiel de l'activité est militaire.
Quelques années plus tard, après que nous ayons, une nuit d'orage,
posé un Beech 99 et ses quinze passagers dans les roseaux entre lac
et piste.Un ILS, système de guidage radio-électrique à l'approche,
sera installé permettant l'atterrissage en sécurité d'avion
de plus en plus importants. C'est au retour de ce voyage du 18 février
que nous décidons d'installer le siège d'Air Alpes, en cours
de création, dans la petite aérogare vide. Monsieur MARTINOT
patron de la CADAF travaille dans l'ancien hangar à la fabrication
de pièces d'avions il se passionnera pour notre jeune compagnie et
assurera l'entretien de notre premier avion. Il restera jusqu'au bout un
fidèle et amical compagnon.
En juillet 1961 nous louons au constructeur un premier Pilatus
Porter, équipé d'un
moteur à pistons, Robert et moi le crasherons au décollage
du Dôme du Goûter le 2 septembre. Ce qui nous amènera à commander
le premier Pilatus Turbo Porter équipé d'une Turbine
Turboméca Astazou, merveilleux avion avec lequel nous ferons
des milliers de déposes
sur glacier et les premières liaisons entre les Altiports
et les grands aéroports régionaux. Nous en exploiterons
jusqu'à sept.
De tous les sites sur lesquels nous nous sommes posés le plus spectaculaire
est le Dôme du Goûter, 400 mètres sous le
sommet du MONT BLANC, tourné vers l’ Est, il est
touché par
les tous premiers rayons de soleil ce qui nous permettait, émergeant
de la pénombre
du Fayet de nous y poser à la pointe du jour. C'était
une grâce extraordinaire. Puis de toute notre habileté,
nous replongions vers la pénombre pour reprendre d'autres
compagnons et rebondir vers la lumière et la gloire de
ces sommets que nous avons toujours chéris
de toute notre âme.
Le Pilatus comporte 8 sièges un pour le pilote, six pour les skieurs
que nous déposions et un, à coté du pilote
pour le guide. Rapidement se forma autour d'Air Alpes une équipe
de guides, ils aidaient à embarquer
et débarquer, assuraient la sécurité des
passagers autour de l'avion, aidaient l'avion à tourner
sur la neige, beaucoup des plus passionnés devinrent de
véritables co-pilotes donnant leur
avis sur l'approche et l'atterrissage quand les conditions étaient
difficiles. Ils furent des membres à part entière
de la fratrie que nous formions.
Deux
d'entre eux devinrent pilote, Dédé DIARD et
le grand Raymond LAMBERT.
Ils proposaient de nouveaux sites quelquefois extrêmes. Nous partagions
notre amour pour le ciel et la montagne et je garde au plus chaud de mon
cœur la mémoire de ceux qui nous ont quitté, Dédé SIMOND,
Robert BLANC, Serge SENTI, Yves POLLET VILLARD, André TOURNIER, Gérard
DEVOUASSOUX, bien sure Dédé DIARD et LAMBERT....
et tant d'autres que je ne peux citer.
Robert et moi étions deux fort jeunes gens et notre idée de
construire des pistes en pente en montagne était certainement jugée
comme farfelue par les responsables de l'Aviation Civile eh bien ! Honneur
aux maires, DE LA GONTRIE, ANCENAY, BORGEY et à leurs équipes
qui nous ont fait confiance et ont construit les premières pistes à Méribel
et Courchevel.
Et honneur aussi à l'aviation civile qui nous fit accompagner
par deux pilotes Marcel COLLOT et Jean DELPARTE, ils homologuaient
les pistes
que nous ouvrions.
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C'est à MERIBEL, le 30 janvier 1962 que fut inventé par Joseph
SZYDLOWSKI, président de Turboméca, le mot Altiport.
Au fil des années beaucoup de stations suivirent et les pistes sommaires
du début furent, pour certaines, progressivement améliorées.
C'est le besoin d'activité l'été pour nos Pilatus qui
nous conduisit à créer des lignes à l'intérieur
de la Corse, en particulier vers Propriano et Figari que nous ouvrîmes, à nous
intéresser à la lutte contre la grêle pour protéger
les cultures sensibles, vigne, tabac et à remorquer sur
les plages d'immenses banderoles.
En 1968 le Président FONTANET me convoqua pour me dire qu'il souhaitait
nous voir participer au désenclavement de la SAVOIE, je lui indiquais
que le travail aérien que nous faisions n'avait rien à voir
avec l'exploitation d'une ligne régulière. Il me répliqua
: Nous allons vous aider et allez voir, de ma part, l'Amiral HEBRARD, Président
d'AIR INTER, c'est lui qui m'a suggéré de m'adresser à vous
et il va vous aider.
Le début de la liaison entre Chambéry et Paris fut quelque
peu folklorique, nous exploitions un avion "Beechcraft "Marquis" de
six places vers Lyon Bron où nous donnions la correspondance
avec les Viscount d'Air Inter sur Paris.
Ne disposant pas de moyens de radio-guidage, nos irrégularités étaient
fréquentes et cette liaison indirecte était peu
commode.
Nous nous sommes donc lancé dans l'exploitation d'une ligne directe
vers Paris-le Bourget, dans un premier temps avec un Twinn-Otter
de 20 places, sympathique mais bien lent, puis nous avons mis en service
le
Beechcraft 99 de
quinze places beaucoup plus rapide et efficace, Cet avion constitua
durant des années la base de notre flotte régionale, tous les
passagers de l'époque s'en rappelleront avec émotion.
La France toujours très centralisée avait besoin de liaisons
transversales et le gouvernement, par le travers de la DATAR, à l'époque
dirigée par Gérôme MONOD, nous soutint financièrement
pour le lancement de toute nouvelle ligne transversale.
-En 1970, fort de notre première expérience Corse, nous avons
ouvert Chambéry/Grenoble/Ajaccio et Bastia.
-En 1970 également, Air Alpes prend l'initiative de regrouper
toutes les initiatives naissantes dans un syndicat professionnel
l'ATAR.
Puis de créer un GIE commun de services à Paris,
pour toutes ces entreprises provinciales, le GIECAR.
L'ATAR mènera d'importantes négociations avec Air France pour
conclure des accords généraux de coopération et contribuera à une
profonde évolution des brevets et licences du Personnel
Navigant
Chambéry devient une plateforme très active avec jusqu'à huit
rotations quotidiennes sur Paris et deux rotations quotidiennes
vers Grenoble/Saint Etienne/Toulouse et Grenoble/Marseille/Nice
Puis viendra l'intensification de la desserte de la Corse avec
l'ouverture de plusieurs liaisons directe vers Figari/Sud Corse
et vers les quatre
aéroports
Corse depuis Toulon.
Pendant toute cette période l'activité Pilatus d'été s'intensifie, à la
lutte contre la grêle s'ajoute la participation à des opérations
de lutte contre les incendies de forêt.
-En 1971 Air Alpes signa un contrat pour le démarrage de l'aviation
de montagne au Népal
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Au fil des années Air Alpes va absorber, Air Limousin, Pyrénair,
Air Champagne Ardennes, Air Rouergue.
-En 1974 Air Alpes introduit les premiers JETs sur le réseau Régional,
la Corvette fabriquée par Aérospatiale.
-Puis en 1975 le F27 de cinquante places.
-En 1978 la restructuration se poursuit et Air Alpes sera regroupée à TAT
Que reste-t-il ? Cette question m'a été posée et je
peux lui apporter trois réponses :
- La première factuelle, l'aviation régionale dont nous avons été les
pionniers est aujourd'hui,
sous d'autres formes, sans doute, en plein développement
et rend un service indispensable.
- La deuxième conceptuelle : les hommes et les femmes qui ont vécu
cette aventure et l'ont
construite ont été heureux d'y participer et c'est bien l'un
des rôles essentiels de l'entreprise
que de contribuer à l'épanouissement de ses acteurs.
- La troisième philosophique: nous devons regarder avec
modestie notre action humaine dans
son caractère nécessairement éphémère.
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Pour conclure, vous m'en voudriez de ne pas citer trois personnes
qui méritent
plus que tout autres de participer à cette fête.